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PHP#01 - Le Marronnier du 20 Mars

Dans ce numéro premier épisode, nous allons voir ensemble l’histoire d’un arbre bien particulier, le marronnier du 20 mars.

Dix août 1792, la monarchie tombe. Les Tuileries sont investies par les révolutionnaires. Les gardes suisses restés fidèles à leur serment d’attachement au Roi, furent poursuivis et massacrés par la foule, malgré le faite qu’ils aient été sans armes.
Certains, enterrés à la hâte au pied d’un marronnier du jardin des Tuileries, celui-ci refleurira toutes les ans en avance sur ses congénères. Cette floraison précoce, et faisant à chaque fois l’objet d’un article de presse, donna naissance à l’expression bien connue dans le milieu journalistique, de « marronnier ».

Le 4 août 1792, les casernes de Courbevoie et Rueil, ce rendirent aux Tuileries, pour défendre le palais suite à d’insistantes rumeurs d’une prise d’assaut prochaine par les révolutionnaires. Cette prise n’ayant pas eu lieu, les gardes regagnèrent leurs casernes dans l’ordre et le calme de la nuit. Le lendemain, 300 hommes furent détachés pour soutenir les troupes en Normandie.

Le 8 août, nouvelle mobilisation pour le palais des Tuileries. Le Commandant de la Garde Nationale Monsieur Mandat, fit passer l’ordre au Capitaine des Gardes Suisses Monsieur Erlach, de poster ses troupes dès la nuit suivante à trois heures du matin.

Le 10 août à minuit exactement, on entendit sonner le tocsin et battre le rassemblement général. Les ordres furent communiqués aux officiers, le palais des Tuileries devint alors une place forte, armée de plus d’un millier d’hommes. Mais chacun, armé eux-mêmes d’une trentaine de cartouches seulement.

C’est à deux heures du matin que l’on vit arriver les premières troupes des faubourgs, et se poster sur la place du Caroussel. Vers six heures du matin, le Roi descendît dans la cour des Tuileries, pour saluer et passer en revue les troupes des Gardes Suisses et de la Garde Nationale. Il tenait Monseigneur le Dauphin par la main, et d’une seule voix les hommes crièrent « Vive le Roi ». Parmi les révolutionnaires, un petit contingent armé de piques répondirent « Vive la Nation », auquel quelqu’un répondit « Le Roi est la Nation ».

À sept heures du matin la clameur populaire se tut, et plusieurs bataillons de Gardes Nationaux ce retirèrent. Deux représentants de la Garde Nationale entrèrent dans le palais, et demandèrent au Roi pour sa sécurité de se rendre à l’Assemblée Nationale. Un homme tenta de l’en dissuader, Monsieur Bachmann, l’un des officiers supérieurs des Gardes Suisses « Si le Roi va à l’Assemblée, il est perdu », la Reine appuya cette remarque en vain.

Ce fût vers neuf heures, que le Roi accompagné de toute sa famille, et escorté par deux bataillons de la Garde Nationale et les Gardes Suisses qui étaient de service aux Tuileries, quitta le Palais pour l’Assemblée. Ils ne laissèrent derrière eux que les Gardes Suisses de Courbevoie et de Rueil, et un bataillon de la Garde Nationale, les grenadiers des Filles-Saint-Thomas. Les autres Gardes Nationaux ayant quittés les lieux, ou rejoint les rangs de la populace.

Après le départ du roi, la clameur populaire devint plus forte encore, les Gardes Suisses à l’entrée furent égorgés, et les marseillais se lancèrent à l’assaut du palais, sabre à la main en criant « Vive la Nation », alors que les premières pièces d’artillerie firent leur entrée dans la cour.

La horde populaire était ivre de colère, face à une défense Royale sans chef, sans ordres et presque sans armes, mais avec une détermination sans faille à protéger la monarchie.
Les premiers coups de canons et de mousquets furent meurtriers pour les Royalistes, mais leur réponse fit encore plus de dégâts dans les rangs ennemies, décimant littéralement les premières lignes, constituées en grande partie de marseillais. Cette réponse de la poudre fit place nette dans la cour, ne laissant derrière elle que des tas de cadavres et de blessés ne pouvant qu’attendre la fin.

Les Gardes Suisses enlevèrent à l’adversaire, une grande partie de ses canons postés dans la cour Royale, mais avec très peu de munitions, les combattants c’étant retirés en les emportant. Ce qui n’améliora guère leur problème de munitions, face a une foule sans cesse grandissante.

Malgré cela, les Gardes Suisses gardés l’avantage, et repoussés l’assaillant avec ferveur sur tous les fronts. Mais les stocks de mortiers et de cartouches devenaient critiques, ils allaient bientôt être submergés si la poudre continuait à gronder.

Alors sur ordre de Monsieur d’Hervillé, on fit battre le rassemblement, et en ordre de parade sous le feu de l’ennemi, se rendirent à l’Assemblée Nationale pour informer le Roi. Cette traversée fut meurtrière pour beaucoup d’entre eux.

Arrivés dans le corridor de l’Assemblée Nationale, un membre de celle-ci ordonna de mettre armes à terre à la troupe, le Commandant refusa. Monsieur de Dürler s’avançant vers le Roi dit : « Sire, on veut que je pose les armes. », le Roi répondit : « Déposez-les entre les mains de la Garde Nationale ; je ne veux pas que de braves gens comme vous périssent. ». Le Roi officialisa cet ordre par écrit, et le fit remettre à Monsieur de Dürler sous forme d’un billet rédigé en ces termes : « Le Roi ordonne aux Suisses de déposer leurs armes et de se retirer aux casernes. ».

Billet rédigé par Louis XVI

Billet rédigé par Louis XVI

Les Gardes Suisses se plièrent aux ordres du Roi, sachant bien ce que cela signifiait pour eux, face a une population déchaînée. Le palais ainsi désarmé, tomba entre les mains des révolutionnaires, qui y déferlèrent en une terrible vague, tuant les blessés et tout ceux qui s’étaient perdus dans les dédales du palais.

En 1811, le marronnier ne manqua pas à son rendez-vous, et sembla comme accueillir la naissance de l’Aiglon, né Roi de Rome, il ne régnera jamais.

Les Bonapartistes rendirent ensuite visite tous les ans au « marronnier du 20 mars » comme un lieu symbolique de la chute de la monarchie, et de l’avènement de l’Empire, alors que les Royalistes disaient : « Dieu, fleurissez ainsi la tombe des martyrs à qui l’on avait refusé une sépulture en terre chrétienne. ».

Sous Louis-Philippe le Poète des rues, artiste inconnu et jamais nommé, le consacra même dans l’un de ses poèmes : « On emmena l’Aiglon, triste fantôme loin de ton ombre, zéphyr caressant. Pauvre arbre, seul, au pauvre roi de Rome, tu viens offrir ton bouquet tous les ans. ».

L’arbre du vingt mars.

Air : Muse des bois et des accords champêtres.

Paris, un jour, fêtait l’enfant auguste
Né revêtu du manteau des Césars ;
Comme l’enfant, faible encore, un arbuste
A ses côtés naissait, loin des regards. (bis.)
Douze ans après, la mort en fauchant l’homme,
Laissait au fils des jours agonisans. (bis.)
Pauvre arbre, seul, au pauvre roi de Rome (bis.)
Tu viens offrir ton bouquet tous les ans. (bis.)

Dans le jardin qui tous deux vous vit naître,
Vous grandissiez ; et lorsque, tout joyeux,
Sur ses béliers passait ton jeune maître,
Tu secouais l’air frais dans ses cheveux.
Pendant les nuits, avec ton doux arôme
Tu lui jetais de mystérieux chants.
Pauvre arbre, seul, au pauvre roi de Rome
Tu viens offrir ton bouquet tous les ans.

Une heure vint où sur l’aigle invincible
Tous les vautours fondirent à grands cris ;
Le noble oiseau, sous leur serre terrible,
Fut écrasé dans son aire en débris.
On emmena l’aiglon, triste fantôme,
Loin de ton ombre aux zéphyrs caressants.
Pauvre arbre, seul, au pauvre roi de Rome
Tu viens offrir ton bouquet tous les ans.

Aux mêmes lieux où, rieur et folâtre,
Avait passé l’enfant impérial,
Bientôt l’encens de la foule idolâtre
Pleuvait à flots sur un enfant royal.
Mais, dédaignant l’hériter du royaume,
Pour l’exilé tu gardas tes présents.
Pauvre arbre, seul, au pauvre roi de Rome
Tu viens offrir ton bouquet tous les ans.

Le vent qui vint frapper le capitaine,
Soufflant bientôt sur les Bourbons vieillis,
Brisa leur tête, autrefois si hautaine,
Et dispersa la semence des lys.
Le peuple avait secoué son long somme …
Mais, vert encore après tant d’ouragans,
Pauvre arbre, seul, au pauvre roi de Rome
Tu viens offrir ton bouquet tous les ans.

Naguère encore, objet des plus doux rêves,
Au lit des rois un enfant rose est né ;
La Seine berce, en roulant sur ses grêves,
Le jeune prince au trône destiné ;
Mais l’homme rouge, au palais, noir symptôme,
Darde toujours ses yeux étincelans …
Pauvre arbre, seul, au pauvre roi de Rome,
Tu viens offrir ton bouquet tous les ans.

Quand, autrefois, luisait cette journée,
Quand sur Paris se levait le vingt mars ;
Devant ses dieux la ville prosternée
Criait : « Vivat ! Longue vie aux Césars ! »
Cent voix d’airain hurlaient sous le vieux dôme.
Que reste-t-il de ces cris, au pauvre roi de Rome
Tu viens offrir ton bouquet tous les ans.

24 mars 1842.

C’est à cette époque là que naquit l’expression le « marronnier du 20 mars », et dont les journaux se firent tous les ans les échos.

Cet arbre se situait au cœur même du jardin des Tuileries, devant le parterre d’Atalante, à l’angle de la Grande allée, au milieu du jardin. Se situait oui, car il ne survécut pas au tremblement de terre de 1911 sur la région parisienne.

Tuileries

Tuileries

Pour en savoir plus sur cette journée du 10 août 1792, je vous invite à lire le récit complet, écrit par Charles Pfyffer d’Altishofen en 1819. Il est disponible en consultation gratuite, sur Google Books, il m’a énormément aidé dans la rédaction de ce dossier.

Pour terminer ce numéro un, je souhaiterais remercier les personnes qui m’ont soutenu dans ma démarche depuis le début, ou plus récemment. Déjà merci à Jérôme Keinborg et Christophe Ponsolle de la société NoWatch.net, qui dès le départ m’ont encouragé à mener mon projet à son terme. Un grand merci également à William Abisror et Vivian Roldo également de NoWatch.net pour leurs conseils techniques, qui m’ont énormément aidés, surtout dans les étapes finales de mon projet. Ainsi qu’un grand merci général à toute l’équipe, pour leur fantastique travail.

N’hésitez surtout pas à laisser des commentaires sur cette première émission, que ce soit sur la technique ou sur le contenu, ils seront les bienvenus. En attendant le numéro deux de ParHistoPod, je vous invite à suivre mon compte Twitter @glb92 !